Entrevue avec Karina Kesserwan, membre du CA d’Humanov·is

Avocate de formation, fondatrice d’un cabinet spécialisé en droit et conseils stratégiques, principalement pour les communautés autochtones et nordiques, Karina Kesserwan n’en est pas à ses débuts en tant qu’administratrice: « cela fait plusieurs années que je m’implique dans différents conseils d’administration. Je forme également des administrateurs pour d’autres conseils d’administration », fait-elle savoir. Son secret quand vient le temps de joindre un C.A. ? S’outiller et choisir un organisme en harmonie avec ses propres valeurs : « je trouve qu’il est important d’aller chercher des outils avant de rejoindre un conseil d’administration et de choisir un organisme qui correspond vraiment à ses valeurs et aux changements qu’on aimerait avoir sur la société ».

C’est ce qu’elle a décelé chez Humanov·is quand elle a rejoint ses rangs il y a deux ans et qui l’anime encore aujourd’hui dans son implication. « Dans ma profession auprès des communautés autochtones, on fait beaucoup d’innovation sociale. Chercher des solutions ensemble sur comment mieux interagir, en société ; comment mieux vivre ensemble, en contribuant chacun selon ses moyens, ses connaissances et en mettant ensemble les connaissances communes. Sans oublier de donner une voix à tout le monde. Cela rejoint beaucoup les activités d’Humanov·is, qui permet justement de mettre en contact le terrain avec des intervenants de différents secteurs. Je m’en inspire parfois pour les groupes et communautés avec lesquels je travaille. »

« Notre conseil d’administration est composé de personnes aux âges, origines et expériences variés. Cela nous permet d’avoir des angles différents et de prendre des décisions intéressantes », ajoute-elle.

Ayant un pied sur le terrain et un bagage académique solide, Karina Kesserwan porte un regard intéressant sur les enjeux liés aux transformations des rapports sociaux. Elle a identifié pour nous 3 enjeux qu’elle trouve particulièrement pertinents dans notre société actuelle :

1) le rapport entre les humains, les technologies et l’intelligence artificielle : pour illustrer ce point Karina prend l’exemple d’une recherche menée aux Pays-Bas auprès de personnes âgées isolées. On leur avait amené des poupées « intelligentes » afin de rompre leur isolement. À l’issue de l’étude, les chercheurs ont observé que les personnes s’étaient réellement attachées à leur poupée et que leur enlever était difficile.  Cela pose notamment la question de la déresponsabilisation humaine dans l’accompagnement. Mais pour Karina Kesserwan, c’est une réflexion nécessaire à avoir en amont de toute initiative : « on évolue dans un monde où les technologies ont de plus en plus de caractéristiques humaines. Cela nécessite réellement une réflexion sur les rapports, et cette réflexion doit se faire AVANT d’avoir la technologie, avant qu’on l’ait déjà programmée d’une certaine façon ».

2) la construction de rapports sociaux sur la base de ce qui nous unit, plutôt que sur ce qui nous divise : selon Karina, « nous sommes très sensibilisés en ce moment aux rapports entre les genres, entre les différentes cultures, personnes de différentes niveaux socio-économiques, différents âges… On identifie des divisions sur lesquelles on veut agir. Mais comment agir sur ce qui nous unit, en tant qu’humains, en tant que personne qui habitent au Québec ; pour ne pas tomber idéologiquement dans une division qui rend les rapports difficiles ? ».

3) la transformation de ce qu’on appelle un rapport : dans le contexte actuel de distanciation sociale et de télétravail, Karina soulève l’importance de définir ce qui constitue un rapport social aujourd’hui. Elle constate que grâce à la technologie notamment, nos relations ne se définissent plus uniquement par la proximité géographique : « on n’est pas nécessairement le plus en relation avec la personne avec qui on est le plus proche physiquement. On peut habiter avec quelqu’un mais avoir une relation plus proche avec une personne absente physiquement, par l’échange de textes, ou de vidéos… mais est-ce que cela nous éloigne des gens qu’on côtoie physiquement ? Cela pose surtout la question de ce qu’est un rapport humain ». De ce constat découlent beaucoup d’autres questionnements aux yeux de Karina : « dans un contexte d’intelligence artificielle, on ne peut jamais savoir s’il y a réellement une personne derrière notre interaction. Comment savoir si un rapport existe réellement et savoir à quel rapport on peut faire confiance ? Pour le déterminer, il faut être physiquement en présence d’une personne. Dans le futur, on ne sait pas encore quelle sera l’incidence de ce constat : nos rapports vont-ils rester comme aujourd’hui, plus virtuels ; ou bien va-t-on s’ennuyer du rapport physique et immédiat ? Dans ce cas, on reviendra peut-être à des rapports plus traditionnels… ».

Des questionnements et enjeux qu’Humanov·is ne manquera pas de garder à l’œil !

Un grand merci à Karina Kesserwan pour son temps et ses précieuses réflexions.

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